Yvette Moutama, une amazone dans la jungle électorale

Yvette Moutama, candidate
Quand elle prend le micro, c’est pour se faire entendre et retenir l’attention. C’est aussi pour susciter l’échange avec ceux venus l’écouter. Yvette Moutama est en forme en ce dimanche 9 février 2020. C’est le jour de sa déclaration officielle de candidature aux élections municipales et communautaires de mars 2020. Elle est donc disposée à faire la démonstration de ses qualités d’oratrice. Dans ce restaurant de la route de Marquisat, à Capesterre Belle-Eau, elle a invité les Capesterriens à venir à sa rencontre.

MARIE-CHRISTINE MYRE-QUIDAL, L’AUTRE FEMME


 
À quelques pas de là, une manifestation similaire est organisée par le maire sortant, Joël Beaugendre. En cette année 2020, ce dernier est confronté à une belle adversité. Ils sont huit à vouloir lui ravir le fauteuil qu’il occupe depuis 1995, dont deux femmes.
Marie-Christine Myre-Quidal, membre de l’Union pour la libération Guadeloupe (UPLG), candidate de Kap’ en action, est l’autre femme qui conduira une liste à ces élections municipales et communautaires, dans cette commune qui a toujours été gérée par des hommes.
Si l’ancienne secrétaire générale de l’UPLG a l’habitude d’être en première ligne des joutes électorales — elle avait conduit la liste de son parti aux Régionales en 2015 —, pour Yvette Moutama, c’est une découverte.

UNE GRANDE PREMIÈRE

Pour la commune aussi, c’est une grande première de voir une femme, issue de sa nombreuse population d’origine indienne, se positionner pour prendre les commandes de la cité.
Pour autant, la présidente d’Alternative pour un renouveau à Capesterre Belle-Eau (ARCBE) n’est pas une novice en politique. Elle fait ses armes aux côtés de son père, Donat, militant de premier plan de Combat ouvrier dans les années 1970.
Plus tard, c’est dans l’ombre de l’ancien maire de Vieux-Fort, Nérée Bourgeois, son ex-époux, qu’elle continuera à apprendre. Femme de caractère, qui se détermine par son franc-parler, elle se retrouve naturellement dans l’arène politique. D’abord aux côtés de Jean-Philippe Courtois aux Municipales de 2014, mais comme beaucoup d’autres piliers de l’équipe de l’époque (Sylvain Souchit, Manuelle Avril, Michel Gédéon, Camille Edouard, etc.) elle prend ses distances avec le leader de la Nouvelle énergie capesterrienne (Nec), à l’issue du scrutin.
En 2017, lors des Législatives, elle apparaît de nouveau dans les meetings, aux côtés des Socialistes tout en n’étant pas encartée. C’est alors qu’elle confirme sa capacité à soulever les foules lors de la campagne victorieuse d’Hélène Vainqueur-Christophe.

LE SENS DE FAMILLE

Indépendante, elle n’a jamais souhaité s’enrôler dans les partis politiques. Elle cède malgré tout, en 1994, à la demande de celui qui allait devenir son deuxième son époux, Nérée Bourgeois.
Elle prend alors son adhésion, juste pour une année, au parti fraîchement créé par Dominique Larifla, le GUSR. Ce sigle se traduit à l’époque par « Guadeloupe unie socialisme et réalités ». Elle apprécie l’ancien maire de Petit-Bourg pour son sens de la famille et garde un excellent souvenir de cette époque : « Il se faisait un devoir d’accueillir ses invités de la fête patronale au domicile de sa mère. »
Cette sensibilité à la vie de famille, Yvette Moutama — mère de quatre filles et membre d’une belle fratrie, avec son frère et ses sept sœurs — s’en sert pour se mettre aux services des autres. Et c’est bien pour cela qu’elle se retrouve dans la jungle électorale capesterrienne aujourd’hui. Elle s’y prépare depuis deux ans. Elle est prête.

RÉCONCILIATION, RESPONSABILITÉ ET HONNÊTETÉ


Moment d’échange avec le public
Cette déclaration de candidature est une sorte de test pour elle, alors se lâche. Elle exprime ses motivations tout au long de son intervention de plus d’une heure. Elle prône la réconciliation dans cette commune ultra-divisée depuis des années où les coups bas et trahisons sont monnaie courante entre les hommes politiques depuis ces deux dernières mandatures municipales.
La question de la responsabilité des administrés, notamment en matière d’environnement, est l’une des préoccupations de la candidate, qui dénonce en même temps, les manœuvres de certains candidats à ces élections. (Cliquez pour écouter).
Yvette Moutama n’est pas là pour caresser les électeurs capesterriens dans le sens du poil, ni pour faire des promesses qui ne reposent sur rien.(Cliquez pour écouter)

PROJET CONTRE PROJET

Elle s’engage tout de même sur un point : la problématique de l’eau. « Ce sera ma priorité », dit-elle. Et en cas d’échec sur ce dossier, elle serait prête à remettre son mandat.
Elle souhaite aussi, entre autres :
– valoriser les différents corps de métier afin de positionner les entreprises de la commune sur les appels d’offres ;
– subventionner un chercheur capable de réaliser une cartographie précise du territoire afin de déterminer les zones polluées et les zones propices à l’agriculture ;
– favoriser la mise à disposition des locaux pour permettre aux jeunes artistes de présenter leur travail au public ;
– créer un concours annuel subventionné permettant l’éclosion de jeunes talents en collaboration avec les professionnels et les associations…
Elle dit aussi ce à quoi les Capesterriens ne doivent pas s’attendre. Par exemple, il n’y aura pas de piscine, compte tenu du coût d’entretien (celle de Rivière-des-Pères à Basse-Terre a déjà tant de mal à être opérationnelle) et parce que sur le territoire ce ne sont pas les plages et les rivières qui manquent.
Pas question non plus de s’attendre à ce qu’elle fasse un programme pour les jeunes et un autre pour les personnes âgées. « Les deux sont indissociables », selon elle.
Tout au long de cette campagne électorale, elle compte développer son projet en détail mais il ne faudra pas compter sur elle pour attaquer la vie privée des adversaires. « Nous débattrons projet contre projet, programme contre programme », assure-t-elle.


Le public a pris part à la discussion. Emmanuel Melse (micro en main) a souhaité que les Capesterriens qui ont porté haut les couleurs de leur commune soient mis à l’honneur. Il a cité le cycliste Roger Jeannette et le champion de courses pédestres sur route, Jean-Marie Dorvilma, que les jeunes ne connaissent pas.

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