Un second tour contaminé par le Covid-19

illustration coronavirus
Ce dimanche 22 mars 2020 devait être un jour de vote, le second tour des élections municipales et communautaires. Malheureusement, l’épidémie du coronavirus est passée par là. Le rendez-vous est reporté à la mi-juin, si, bien entendu, la crise sanitaire s’atténue. Ce report a fait débat au Parlement, ce samedi encore, notamment autour de la date du dépôt des listes. Après un long échange, les députés de la commission des Lois ont supprimé la date limite du 31 mars que le Sénat avait fixé pour le dépôt des candidatures du second tour des municipales.
Ces discussions ont considérablement ralenti l’adoption des projets de lois sur les mesures d’urgence, mais les choses sont rentrées dans l’ordre la nuit dernière comme l’indique le site de l’Assemblée nationale.

DES RÉPERCUSSIONS SUR LA CONSTITUTION DES LISTES

Reste à savoir ce qui va se passer si les conditions ne permettent pas d’organiser ce second tour d’ici au 30 juin 2020. Le Premier ministre a promis de revenir devant le Parlement pour rouvrir à nouveau les discussions, comme le lui autorise la Constitution, précisément son article 16 qui confère des pouvoirs exceptionnels au président de la République en période de crise.
« Si nous devons en conclure que l’épidémie rend impossible la tenue de l’élection en juin, nous reviendrons alors devant vous pour décider des meilleures mesures à prendre », a déclaré le chef du gouvernement.
Quoiqu’il en soit, ce report aura de toute façon des répercussions sur la constitution des listes quelle que soit l’organisation mise en œuvre. En effet, le premier tour, bien que n’ayant pas été conclusif dans vingt communes est tout de même plein d’enseignements.
Sur les 143 listes engagées initialement certains leaders qui avaient de réelles ambitions et se voyaient déjà au pouvoir, ont pu mesurer leurs forces réelles et ont dû se rendre à l’évidence qu’ils n’ont aucune chance. D’autres peuvent envisager de négocier de bonnes positions et plusieurs colistiers sur d’autres listes.
Dans plusieurs communes, où l’union, notamment de groupes d’opposition n’avaient pas pu se faire, parce que chacun s’estimait le plus apte à être tête de liste, ce scrutin a permis de créer une hiérarchie. Les choses sont clarifiées dans plusieurs communes en effet et les discussions pouvant conduire à la fusion des listes peuvent être plus simples. Rappelons que seules les listes ayant obtenu au moins 10 % des suffrages exprimés peuvent se maintenir au second tour. Celles qui ont obtenu au moins 5 % peuvent fusionner avec une liste qualifiée mais ne peuvent pas fusionner entre elles. Dans ces conditions analysons les possibilités d’alliance qui se présentent commune par commune.

D’UNE COMMUNE À L’AUTRE, QUELLES ALLIANCES POSSIBLES ?

À Basse-Terre, malgré les multiples bâtons qui lui ont été mis dans les roues par ses « camarades » de la section socialiste locale, André Atallah s’est affirmé comme la force d’opposition la plus crédible. Il s’est même payé le luxe de devancer Marie-Luce Penchard, le maire sortant, et de réaliser plus de voix que Brigittte Rodes et Sonia Petro réunies. Ces deux dames qui s’apprécient mutuellement pourraient également constituer une liste commune. En se référant aux résultats du premier tour, la tête de liste reviendrait à Brigitte Rodes, qui a obtenu 50 voix de plus. Mais, dans cette perspective, d’autres paramètres pourraient entrer en jeu.

À Pointe-à-Pitre, Jacques Bangou s’est rassuré mais n’a pas réussi à faire le vide derrière lui. Ils sont quatre à ses trousses et peuvent, là, aussi travailler sur un projet commun entre deux d’entre eux : Harry Durimel et Tania Gavani. Il n’est pas envisageable que le jeune et surprenant Loïc Martol négocie une quelconque alliance compte tenu de son projet et de ses positions antérieures.
Harry Durimel et Marie-Eugène Trobo Thomaseau, alliés en 2014, avant de se séparer en cours de mandature ne devraient pas se réconcilier, mais qui sait. On a bien vu Claude Barfleur s’associer à Jacques Bangou avant le premier tour après l’avoir critiqué tout au long de la mandature.
Ce premier tour a aussi été marqué par le faible score de Marcel Sigiscar (7,04 %) qui n’est pas qualifié mais qui peut fusionner. C’est possible avec Tania Galvani compte tenu des bonnes relations qu’il entretient avec la jeune avocate.

Au Gosier, avec un record de dix listes engagées, il fallait trouver sa place et ce fut pas simple. Seule trois listes ont dépassé les 10 %. Parmi elles, deux des quatre membres de la majorité sortante : Jean-Claude Christophe et Patrice Pierre-Justin. Le score des deux autres (Nadia Célini et Yvan Martial) leur permet de fusionner. Jean-Claude Christophe, fort de son résultat, réussira-t-il à rassembler ses trois anciens collègues derrière lui ? Rien n’est moins sûr.
Quoi qu’il en soit, il faudra compter avec les adversaires, Cédric Cornet, arrivé en tête, et Jocelyne Virolan, quatrième. Cette dernière peut envisager un ticket avec Ghylaine Jeanne, cinquième et en mesure de fusionner.

À Capesterre Belle-Eau, commune très prisée également avec huit candidats, le maire sortant Joël Beaugendre devance logiquement Jean-Philippe Courtois et Hugues dit Philippe Ramdini. Les ambitions personnelles de chacun et les blessures de 2014 ne devraient pas les rapprocher. Derrière ce trio, deux listes peuvent être approchées pour une fusion, celles du socialiste Willy Ramsamy et du syndicaliste de Combat ouvrier, Jean-Marie Nomertin, qui ont franchi les 5 %. Ce qui est certain, c’est que la fusion est impossible entre Ramsamy et Courtois. Ramdini aura également du mal à séduire l’électorat de Ramsamy, sous le regard de Victorin Lurel. Quant à Jean-Marie Nomertin, il a fait son job de syndicaliste sur le terrain politique, sa mission est accomplie. On le reverra seulement si le gouvernement décide de refaire les deux tours. Ainsi, avec Nomertin et les trois candidats ayant obtenu moins de 5 % (Camille Edouard, Yvette Moutama et Marie-Christine Myre-Quidal), ce sont plus d’un millier de voix qui pourraient se retrouver orphelines.

À Sainte-Rose, une première place était inespérée pour Claudine Bajazet, tant elle a été attaquée de toutes parts, notamment par ses anciens colistiers, mais elle a de la ressource et elle les a mis k-o dès le premier tour. Hubert Quiaba et Joseph Séné arrivent tout juste à passer les 5 %, leur permettant de négocier une place sur une autre liste, ce qui est loin des ambitions affichées au début de la campagne. Quatre autres candidats (Marie-Laure Aigle, Joseph Lacrosse, Tony Grava et Pierre Uneau) ont fait encore moins bien. Pierre Uneau, par exemple, dépasse à peine une centaine de voix. Le maire sortant devra quand même affronter deux candidats sérieux : Fauvert Savan et Henri Yacou. Et s’ils se mettent ensemble, ce sera sacrément compliqué. Encore faut-il qu’ils trouvent un terrain d’entente sur la composition de la liste et gérer les égos.

A Saint-François, le surprenant soutien du Parti socialiste à Laurent Bernier ne lui a pas permis d’égaler son score de 2014. Il l’avait emporté dès le premier tour face à trois candidats. L’abstention engendrée par l’épidémie de Coronavirus et le nombre plus important d’adversaires (cinq) sont en partie responsables de cette mise en ballotage, mais cela ne suffit certainement pas à expliquer une chute de 3 933 voix à 1 689. Ce soutien socialiste avait été une des conséquences de l’absence d’accord entre les deux candidats issus des rangs du PPDG. Le PS avait refusé de choisir entre Sophie Péroumal-Sylvanise et Jean-Luc Périan. La somme de leur score dépasse celui du maire sortant. Voudront-ils dès lors se réconcilier en tenant compte de la hiérarchisation décidée par les électeurs en faveur de Sophie Péroumal-Sylvanise ? Ce serait dans leur intérêt, mais parfois certaines blessures sont difficilement cicatrisables. En tout cas, les deux peuvent se présenter face à Laurent Bernier et Bernard Pancrel, arrivé en deuxième position. Avec ses 361 voix (7,24%) Christiane Delannay-Clara peut négocier une fusion, mais difficile de savoir avec qui. Au terme de la période de confinement en cours, on en saura peut-être davantage.

À Sainte-Anne, Christian Baptiste est passé très près d’une réélection dès le premier tour, avec 48,15 % des suffrages, loin devant son dauphin Jacques Kancel, seulement 15,96 % des suffrages. Les trois autres candidats (Patrick Galas, Marlène Captant et Sébastien Gauthier) sont tous qualifiés et les tractations vont être intenses pour tenter de sortir une équipe suffisamment solide pour ébranler le maire sortant.

À Morne-à-l’Eau, sur les cinq candidats en lice Léonard Jérul est le seul à ne pas être qualifié mais ses 419 suffrages (7,37 %) peuvent permettre d’intégrer une liste. Arrivé en tête, le maire sortant Philipson Francfort est talonné par Jean Bardail, mais en troisième position Georges Hermin n’est pas trop loin. Ketty Labuthie, quatrième, peut aussi se maintenir mais est-ce son intérêt ? En tout cas, ses 938 voix (16,50 %) pèsent suffisamment pour lui permettre de négocier pour lui et ses colistiers. Tout est possible, sauf un accord entre le délégué du GUSR Jean Bardail et le socialiste Georges Hermin.

À Port-Louis, Victor Arthein a réussi à équilibrer les finances communales en une mandature et a obtenu un satisfécit de la Chambre régionale des comptes. De surcroît, il était parvenu à rassembler l’essentiel des forces de gauche : le Parti communiste guadeloupéen (PCG), le Parti progressiste et démocratique de la Guadeloupe (PPDG), la fédération guadeloupéenne du Parti socialiste (PS) et la France insoumise (LFI). Cela n’a pas suffi à le faire triompher dès le premier tour. Il est même devancé par son éternel rival, Jean-Marie Hubert. C’était déjà le cas en 2014, mais cela ne l’avait pas empêché de triompher. Bis repetita en 2020 ? Il faudra déjà voir l’attitude de Bernard Cerci, qui cette année parvient à franchir les 10 % qualificatifs. Les résultats étant toujours très serrés à Port-Louis, il est de toute façon risqué de faire un pronostic. On se souvient de la triangulaire ultra serrée qui s’était jouée en 2008, avec déjà les deux rivaux traditionnels.

À Anse-Bertrand, le maire sortant, malgré la grève des agents municipaux qui a perturbé sa campagne, parvient à sortir en tête mais le combat sera rude avec ses deux adversaires (Daniel Moustache et Yves Nimias), tous deux qualifiés pour le second tour. Une alliance est possible et elle peut fragiliser Edouard Delta. À moins qu’on assiste à une triangulaire pour lequel les abstentionnistes du premier tour vont être déterminants.

À Vieux-Habitants, la bataille s’annonce délicate pour Aramis Arbau, qui s’est fait devancer par son principal rival, le socialiste Jules Otto. Avec ce report du deuxième tour, le maire sortant a largement le temps de remobiliser ses troupes ((par téléphone en raison du confinement) et de réfléchir à une stratégie. Il a la possibilité de se réconcilier avec Gaston Géran, son ancien adjoint, qui est parvenu à se qualifier. Ce n’est pas le cas de Daniel Nicolas, l’autre adjoint dissident de sa majorité, qui n’a même pas réussi à atteindre les fameux 5 %.

À Baillif, les électeurs ont définitivement renvoyé l’ancien maire Edward Hatchi (de 1983 à 2001) à sa retraite. Lors de sa précédente apparition, en 2008, il n’avait fait que 225. Douze ans plus tard, il en a fait 246. Et comme en 2014, le trio féminin (Marie-Yveline Ponchateau, Sylvie Gustave-dit-Duflo et Marie-Lucile Breslau) a encore dominé ces élections sans parvenir à se départager. Sauf que cette fois-ci, il y a un intrus parmi elles en la personne de Rodolphe Jean-Baptiste. Ce dernier a réussi à se qualifier avec tout juste 10 % des suffrages. S’il doit négocier une alliance, ce ne devrait pas être avec le maire sortant.
Pour l’anecdote, Christian Zozio n’a obtenu que 26 voix, qui doivent provenir de sa famille proche ou de quelques défenseurs des idées du Rassemblement national.

À Gourbeyre, Luc Adémar a été affaibli par les divisions de sa majorité mais il est toujours là. En cas d’alliance de ses deux anciens adjoints derrière Claude Edmond, il peut perdre la mairie qu’il occupe depuis juin 1995. Mais si Leili D’Alexis se maintient et si Josy Jouyet ne donne pas de consigne de vote, il a toutes ses chances de faire un cinquième mandat.

À Deshaies , c’est une autre ancienne de l’échiquier politique guadeloupéen qui fait de la résistance en la personne de Jeanny Marc. Elle est sortie avant ses deux jeunes rivaux et anciens colistiers, Fred Goubin et Engebert Valluet. Ensemble, ils peuvent être plus forts qu’elle. Cependant, il y a un gros obstacle à cette union : Fred Goubin est investi par Guadeloupe unie solidaire et responsable (GUSR) et le Parti socialiste guadeloupéen (PSG) a soutenu Engebert Valluet. Or, le fondateur du PSG, José Toribio, considère le GUSR comme un allié de La République en marche, dont il dénonce la politique. Dans ces conditions un accord entre Valluet et Goubin n’est pas envisageable. La voie semble donc libre pour Jeanny Marc pour exercer un 5e mandat. D’autant plus qu’il ne lui a manqué que dix voix pour être élue dès le premier tour.

À Vieux-Fort, la tentative de come-back de l’ancien maire, Nérée Bourgeois (de 1989 à 2014), s’est avérée un échec. Déçu de son successeur et poulain, Rolland Plantier, il était venu pour lui ravir son fauteuil. Il ne termine que troisième sur trois, mais il reste qualifié. Cependant, rien ne dit qu’il maintiendra sa candidature, compte tenu de son score, inférieur de moitié à celui de son jeune rival. Entre les deux, l’inamovible opposant, Héric André, s’est immiscé. Le score de ce dernier est très proche de celui du maire sortant mais s’il gagne au second tour, ce sera à la sueur de son front, car on voit mal Nérée Bourgeois se désister en sa faveur.

À Terre-de-Haut, le premier secrétaire fédéral du PS, Hilaire Brudey est passé tout près d’une victoire au premier tour avec 47 % des suffrages. Il devance le maire sortant Louly Bonbon, qui avait succédé à Louis Molinié après les déboires judiciaires de ce dernier. Son espoir, c’est cette longue période entre les deux tours lui permettra de consolider sa position et de préparer une victoire qu’il attend depuis longtemps. Il en a l’opportunité et les moyens, mais il ne faut pas vendre le tourment d’amour avant de l’avoir sorti du four.

À Terre-de-Bas, le maire sortant, Emmanuel Duval, est aussi en difficulté. Il a été devancé par son adjointe, Rolande Nadille-Vala, entrée en dissidence et désormais en mesure de s’imposer. Compte tenu de la rivalité des forces en présence, on devrait se diriger vers une triangulaire, puisque Monique Brudey-Beaujour est aussi qualifiée. Les mois précédant ces élections ne semblent pas suffisants pour changer les caractères et objectifs des uns et des autres.

À Saint-Louis, en l’absence de Jacques Cornano, qui ne s’est pas représenté après avoir plombé les finances de la commune, son deuxième adjoint Marthyr Nagau est venu porter l’étendard de la majorité, mais il semblait trop lourd. Du coup, il est devancé par François Navis et Camille Pelage deux rivaux de longue date. Il parvient tout de même à se qualifier pour le second tour, mais derrière une nouvelle venue sur l’échiquier politique marie-galantais, en la personne de Liliane Passé-Coutrin, décidée à ne pas faire de la figuration. Dans cette commune aux potentiels énormes, le jeu des alliances va être déterminant en vue de la victoire finale.

À Capesterre de Marie-Galante, la campagne de Betty Besry, qui a commencé pratiquement depuis le début de la mandature a porté ses fruits. Elle termine en tête devant le maire sortant, Jean-Claude Maës, au pouvoir depuis janvier 2020, suite à la démission de Marlène Miraculeux-Bourgeois. Sur six candidats, deux autres sont qualifiés : Katia Bordin-Manicom et Jean-Marc Pasbeau. Là encore, les négociations vont être sérieuses. Katia Sildilla n’est pas qualifiée mais elle peut fusionner avec 7,76 %. En revanche, c’est fini pour Joël Caillon.

À La Désirade, le pari de Jean-Claude Pioche de propulser Loïc Tonton en tête de la liste, après que tribunal administratif a prononcé son inéligibilité, a failli être gagnant. Il devance l’ancien maire René Noël, qui se positionne en embuscade et peut réussir son retour. Le poulain de Jean-Claude Pioche devra sans doute compter avec un troisième homme, en la personne de François Saint-Auret.

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