Plaidoyer pour l’autonomie

Maryze Etzol, maire de Grand-Bourg
Par Maryze ETZOL. Dans sa traditionnelle allocution prononcée à l’occasion de la fête patronale de sa commune le maire de Grand-Bourg, présidente de la communauté de communes de Marie-Galante (CCMG) a présenté son analyse de la situation de crise que vit l’archipel de la Guadeloupe. Elle s’est clairement prononcée pour une nouvelle forme d’autonomie qui reste à inventer.
« Cette année 2019 est une année particulière pour nous à Grand-Bourg, pour Marie-Galante et plus généralement pour la Guadeloupe. Nous vivons une crise grave qui ne doit laisser personne indifférent. Comment ne pas évoquer la crise hospitalière qui affecte le CHU. Depuis l’incendie du 28 novembre 2017, les défaillances qui étaient latentes, se sont dévoilées et ont révélé la fragilité du système de santé en Guadeloupe.(…)

LA SANTÉ, UNE CAUSE NATIONALE GUADELOUPÉENNE

Le professionnel de santé que je suis, connait l’importance de la confiance dans les processus de soin.
Si vous n’avez pas confiance dans votre médecin vous ne pouvez pas guérir. De même si vous n’avez pas confiance dans l’établissement qui vous accueille, vous aurez du mal à recouvrer la santé.
C’est une cause nationale guadeloupéenne à laquelle personne ne peut rester insensible.
Le dernier sondage, publié il y a 15 jours par l’institut Qualistat sur les préoccupations des guadeloupéens, montre, pour 47 % des personnes interrogées, que la question de la santé est une préoccupation majeure.
La difficulté principale reste tout de même l’eau pour 52 % des Guadeloupéens. Il est difficile d’admettre que des foyers peuvent rester plus de 5 jours sans eau en Guadeloupe au XXIe siècle.
A ces crises, il faut de vraies solutions, des solutions durables, en concertation avec tous les acteurs pour redonner confiance à la population.

« L’ÉTAT NOUS INVITE À PRENDRE NOS RESPONSABILITÉS »

Il est clair que par-delà ces préoccupations se pose le problème de notre responsabilité.
Allons-nous passer notre temps à supplier l’État, à quémander des moyens, alors que le peu qui lui reste est visiblement destiné à répondre aux attentes d’une autre frange de la population et qu’il est manifeste aujourd’hui que nous ne sommes pas un sujet d’importance. Nous le devenons lorsqu’il s’agit de faire savoir que la France est la seconde puissance maritime du monde grâce aux outre-mer.
L’État nous invite à prendre nos responsabilités et cessons donc de nous accrocher à sa jupe comme des orphelins. Il ne s’agit pas de faire n’importe quoi. Il nous faut intégrer la culture de la responsabilité, la culture de l’autosuffisance, la culture qu’avaient nos grands-parents qui comptaient d’abord sur eux-mêmes. C’est d’ailleurs dans cette optique que nous avons très tôt opté pour l’autonomie énergétique de Marie-Galante, alors que certains voulaient nous attacher aux pieds une dépendance au bois importée des Amériques. Nous avons dis NON et nous avons gagné ce combat.

UN MODÈLE DE GOUVERNANCE INADAPTÉ

A Marie-Galante, la question est autrement plus importante. Du fait de notre isolement, nous subissons doublement les effets de la crise économique, sociale et politique. Le modèle actuel de gouvernance n’est pas adapté à notre situation. Il faut le repenser. Il faut inventer une forme d’autonomie dans l’archipel, nous permettant d’édicter certaines règles ou normes et de bénéficier de dotations liées à notre double insularité. Le Droit européen l’a permis pour les Canaries, le Droit français le pratique en Corse. Pourquoi pas pour nous ?
J’invite tout le monde à réfléchir sur la création d’une Collectivité de Marie-Galante en lieu et place de la CCMG, fédérée à la Guadeloupe dans le cadre d’une Collectivité Nouvelle Autonome de l’Archipel de façon à garantir un développement qui nous soit adapté.
Il ne s’agit pas de se détacher de la Guadeloupe, ni de la France.
Il s’agit tout simplement de trouver la meilleure gouvernance possible faite de plus de responsabilités et de compétences nouvelles nous permettant de prendre nos propres décisions, de lever tous nos impôts et d’afficher nos propres priorités budgétaires. Soyez assurés que jamais notre fiscalité pensée à Marie-Galante n’iraient financer la guerre à l’autre bout du monde pour quelques intérêts particuliers quand dans le même temps il est demandé aux plus faibles de se serrer encore et encore la ceinture et d’accepter l’inacceptable en matière de santé publique.
Il s’agit aussi de pouvoir retrouver les moyens de mener les politiques que nous voulons localement, sans nous laisser dicter par l’extérieur ce que nous devons faire. Les exemples sur les sujets concernant l’aménagement du territoire sont légions. Est-il normal que sur le PLU nous soyons dépendant d’une vision parisienne de
notre territoire ?

 
NB: Le titre et les intertitres ont été ajoutés par nos soins.
Facebook Maryze Etzol

4 Commentaires

  1. Madame, enfin je retrouve une personne qui parle avec clarté dans la proposition de recherche d’une forme d’autonomie responsable et solidaire avec l’ensemble de l’archipel.
    Je vous adresse mes meilleurs souvenirs, dans la période 2008/2014.
    Guy LE BLANC de Trois-Rivières

  2. Madame La Présidente de la Communauté des Communes de Marie-Galante 1ére d’outre-mer,
    Madame Le Maire de Grand-Bourg,
    L’on dit que l’intelligentsia vient de Marie-Galante et j’en suis pas peu fier. Quand une population attachée viscéralement à son pays et à son terroir, prend le temps de réfléchir, de poser les problèmes de fond et d’acter des décisions durables en conjuguant les intelligences, en dehors de tous clivages, cela se traduit par cette formidable vision que vous décrivez en conclusion de nouvelle gouvernance responsable.
    Je ne peux que saluer ce courage, cette pugnacité dans l’espoir que cela fasse effet pour le Pays Guadeloupe aussi.

  3. À la question suivante que j’ai reçue après le discours de Maryse ETZOL,
    « Il me semble que Philippe Bavarday avait déjà initié cette idée avec le concept « des îles du sud »… »

    Voici ma réponse :
    “Ce concept effectivement a été proposé dès 2009 après plusieurs rencontres à l’initiative de jean Girard, entre Bernard Leclaire, moi-même Philippe Bavarday, et un expert international des Économies des pays insulaires, Claude Gelbras.
    Notre ami Bernard Leclaire l’a parfaitement décrit avec foi et vraie passion patriotique à un moment où certains dirigeants du Pays et la maire actuelle de Grand-Bourg nous taxaient du gros mot « INDÉPENDANTISTES ».
    Essayons de croire que ce revirement ne soit pas de l’opportunisme rampant au pied du courant nationaliste.
    Les hommes peuvent passer mais leurs idées justes prospéreront toujours.
    *Pour Marie-Galante Éternelle*
    Philippe Bavarday

  4. L’idée est excellente et légitime pour Marie-Galante. Peu importe ceux qui ont posé les premières pierres. L’essentiel c’est que tous les Marie-Galantais se mettent ensemble pour construire un nouveau lendemain, hors des sentiers battus.

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