Alliances et désalliances : ça manœuvre toujours en coulisse

Bangou et Barfleur
Cette semaine, c’est Pointe-à-Pitre qui a focalisé l’attention de ceux qui s’intéressent aux élections municipales et communautaires de mars 2020. La raison ? L’annonce du ralliement de Claude Barfleur à Jacques Bangou. Dans une « lettre aux Pointois » rendue publique, jeudi 6 février, le leader du Mouvement pour un Grand Pointe-à-Pitre (MGP) lavait d’un coup d’encre verte toute la salive qu’il a eu à déverser sur le maire démissionnaire de Pointe-à-Pitre, tout au long de sa mandature.

OUBLIÉES LES ATTAQUES VIRULENTES

En une phrase tout a été oublié : « Suite aux échanges initiés par Jacques Bangou, échanges au cours desquels sa prise de conscience de l’absolue nécessité de prioriser le développement économique durant la prochaine mandature est ressortie, nous estimons qu’une opposition obstinée serait stérile et que le binôme Bangou-Barfleur est l’attelage idéal pour relancer Pointe-à-Pitre et préserver son âme préfigurant ainsi la transition politique à venir. »
Ainsi donc, il tournait le dos au conseiller municipal d’opposition virulent qu’il fut, lors des conseils municipaux de cette mandature, pour se joindre à son adversaire des élections municipales de 2014.
Rappelons que lors de ces élections il avait terminé 3e avec 12,64 % des voix, ce qui lui avait valu d’obtenir deux sièges. Le dauphin de Jacques Bangou était alors le leader du groupe Oxygène, Harry Durimel, qui créait par la suite le mouvement Rev-Gpe, après des désaccords avec Caraïbe Ecologie Les Verts (CELV). Et dans l’explication donnée par le leader du MGP, pour justifier son choix d’aller rejoindre Jacques Bangou, l’écologiste est en première ligne.

DURIMEL-BARFLEUR : LE TICKET DÉCHIRÉ


 
Dans sa « lettre aux Pointois », il rappelle, en effet, toutes les démarches qu’il a eu à entamer pour parvenir à ce rassemblement souhaité par tous les élus des groupes d’opposition avant de déclarer : « Force est de constater que le rêve du REV n’est ni pointois, ni collectif. »
Aussi, tout en reconnaissant que « l’équipe sortante n’a pas fait preuve de créativité, d’initiative et d’audace cette dernière décennie », il annonce cette association qui a été présentée comme la surprise du chef.
En réalité en est-ce vraiment une, quand on sait avec quelle facilité les élus pointois s’unissent et se séparent ? Dans son cas, il n’était l’allié de personne. Il avait déjà perdu sa colistère de 2014, Myriam Ponrémy, qui avait rejoint l’équipe Bangou en cours de mandature. Mais surtout, ses discussions avec Harry Durimel n’avaient pas abouti. Ce dernier n’avait pas su le convaincre et n’avait pas cédé à ses exigences en terme de positionnement sur la liste et de nombre de ses camarades en position éligible. Dès lors, il était libre d’aller à la bataille avec son propre groupe en n’ayant que très peu de chance de triompher sans alliance, compte tenu du contexte pointois et de ses derniers résultats. Il avait aussi le choix d’aller avec qui il veut, même avec celui auquel personne de pensait. Mais qui peut le lui reprocher ?

DES GROUPES QUI VOLENT EN ÉCLATS


 
Certainement pas Harry Durimel, qui accueille aujourd’hui avec un grand sourire le soutien du député La République en marche (LREM), Olivier Serva, qu’il a combattu farouchement lors des législatives de juin 2017. Et encore moins les élus du Rassemblement pour une nouvelle démocratie (RND) que préside Georges Brédent. En 2014, ce dernier était sur la liste de Jacques Bangou avec quatre autres élus : Maddly Paulin-Gargar, Alain Sorèze, Tania Galvani et Alberta Belay-Maurice. Quelques mois plus tard, ils remettaient leur écharpe de 2e, 7e et 9e adjoints au maire et de conseillers municipaux de la majorité, pour siéger dans l’opposition. Sage décision qui, aujourd’hui, ne leur permet pas d’être associés à la gestion calamiteuse de la ville, avec ses 81,7 millions d’euros de déficit budgétaire 2019 et un compte administratif 2018 affichant un déficit de 72,1 millions d’euros, selon le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes.
Toutefois, ce groupe qui était uni jusqu’à très récemment a volé en éclats lui aussi. Conséquence des manœuvres et négociations visant un large rassemblement derrière Harry Durimel. Alain Sorèze, Maddly Paulin-Gargar et Alberta Belay-Maurice ont pris fait et cause pour le leader du groupe pointois Oxygène et président fondateur de mouvement Rev-Gpe, en publiant, eux aussi, une lettre aux Pointois il y a quelques mois.

GALVANI-SIGISCAR, ALLIANCE TOUJOURS POSSIBLE


 
Tandis que les deux autres conseillers municipaux du RND, Tania Galvani et Georges Brédent prenaient la décision d’unir leurs forces pour aller conquérir cette mairie avec des acteurs de la société civile et, prétendent-ils, « libérer Pointe-à-Pitre ».
Ils sont bien avancés dans leur projet. Mais il ne faut pas écarter une alliance à venir avec leur groupe (Doubout pou Lapwent) et celui de Marcel Sigiscar (Rassemblement citoyen pointois).
Tania Galvani avait d’ailleurs rendu visite à ce dernier lors de la présentation de sa candidature à Lauricisque. Il lui a rendu la pareille, quelques jours plus tard, place de la Victoire. C’est dire la qualité des liens qui unissent les leaders de ces deux formations. D’ici le 27 février 2020, date de clôture de l’enregistrement des listes à la préfecture, beaucoup de choses peuvent se passer. Et cette perspective d’un ticket Galvani-Sigiscar est d’autant plus envisageable, que Marcel Sigiscar vient de perdre un élément moteur de son équipe en la personne de Didier Ako, qui est allé, lui aussi, rejoindre Jacques Bangou.

JACQUES BANGOU PEUT GAGNER SON PARI

Ainsi donc les alliances semblent se faire et se défaire au gré du vent. Du coup, c’est l’ancien maire de Pointe-à-Pitre, président du Parti progressiste et démocratique de la Guadeloupe (PPDG) qui jubile, comme en témoigne son communiqué de presse. Après s’être octroyé l’investiture de son parti, alors que Marcel Sigiscar était tout aussi légitime pour la revendiquer, il a réussi à obtenir le soutien de la fédération guadeloupéenne du Parti socialiste (PS), du Parti socialiste guadeloupéen (PSG) — présidé par le conseiller municipal de sa majorité Medhy Keita —, et de Caraïbe Ecologie les Verts, les anciens amis d’Harry Durimel… Car il faut le dire aussi, ce dernier n’a pas été épargné par les querelles internes de parti.
Son groupe Oxygène avec été divisé en trois. Guy Equinoxe est resté chez les Verts dont il est devenu le porte-parole, tandis que Marie-Eugène Trobo-Thomaseau, a créé son propre mouvement, Alternative pointois pour le changement (APC), et se présente comme une alternative sérieuse à la gouvernance de la ville.

Harry Durimel et Marie-Eugène Trobo-Thomaseau ont pris des chemins divergents depuis longtemps

AUX ÉLECTEURS DE JOUER

Avec donc toutes ces alliances et désalliances, c’est donc bien Jacques Bangou, qui tire son épingle du jeu. En tout cas, c’est bien la confirmation de notre analyse du 21 novembre 2019, qui notait cette problématique du rassemblement des forces d’opposition dans les cinq raisons qui peuvent permettre à Jacques Bangou (et à Marie-Luce Penchard) d’espérer gagner ces élections.
Pourtant, aussi bien Alain Sorèze, que Tania Galvani ou Claude Barfleur, tous ont multiplié cet appel au grand rassemblement. En vain. Alors Bangou peut-il gagner ? La réponse est, plus que jamais, oui. C’est sans doute ce que Claude Barfleur a entrevu. Mais, c’est l’avenir qui dira s’il a été bien inspiré de se laisser séduire par les arguments de l’ancien maire d’une ville en déclin, dans l’espoir d’exercer un rôle majeur à Cap Excellence et à l’hôtel de ville.
Au soir du 15 mars, deux semaines après la fin du carnaval, on saura déjà — sans attendre un éventuel deuxième tour —, si les électeurs pointois auront perçu ces alliances et désalliances comme des mariages burlesques et des divorces rocambolesques.

1 Commentaire

  1. Non, Jacques Bangou même s’il se révèle un cuisinier électoral, sa soupe à Congo ne sera pas avalée par l’électorat écoeuré. Certes, il aura sa petite armée de municipaux qui votera pour lui comme dans une secte on consacre le gourou. L’immense majorité des commerçants, des gens ayant une colonne vertébrale ne suivra pas l’attelage Bangou-Barfleur ; ce dernier n’ayant fait qu’un peu plus de 800 voix en 2014. Alors wait and see !

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